1 gennaio 2010 - Gerusalemme
Homélie du Patriarche Fouad pour le 1er janvier 2010

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FTChers Frères et Sœurs,
Aujourd'hui, c'est la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, qui nous rassemble autour d'elle.
Avec elle nous nous réjouissons de l'insondable et glorieux mystère de sa maternité divine.
Avec elle nous nous émerveillons et nous redisons la parole de son Magnificat : “Le Seigneur s'est penché sur son humble servante... désormais tous les âges me diront bienheureuse” (Lc 1, 48).

Oui, la Vierge Marie peut être appelée en toute vérité Mère de Dieu, car dans le petit enfant Jésus qu'elle a porté et mis au monde “habite corporellement la plénitude de la divinité” (Col 2, 9).

La liturgie d'aujourd'hui nous fait contempler ce grand mystère accompli en Marie. L'Evangile nous transporte à la crèche, où les bergers viennent adorer le Sauveur. Et ils racontent à Joseph et Marie l'apparition des messagers divins, la lumière éblouissante, les chants célestes et le merveilleux message : “Aujourd'hui vous est né un Sauveur (...) un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire” (Lc 2, 11-12). Marie écoute attentivement les bergers. Leurs paroles font résonner en elle l'annonce de l'ange Gabriel, entendue neuf mois plus tôt : “Celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu” (Lc 1, 35). Le mystère de cet Enfant à la fois s'éclaire et s'approfondit. Pour Marie, c'est dans le silence qu'elle contemple tout cela, “retenant et méditant tous ces événements dans son cœur” (Lc 2, 19), consciente désormais  que ce petit enfant couché dans la crèche, n'est comparable à nul autre enfant, qu'il est le Messie attendu par Israël, qu'il est celui “qui sauvera son peuple de ses péchés” (Mt 1, 21). 

Demandons aujourd'hui à la Vierge Marie, Mère de Dieu, d'enfanter à nouveau le Seigneur Jésus en nos cœurs et qu’il soit à chaque instant accueilli, contemplé et adoré.

1. Bilan de l'année 2009

Chaque début d'année est l'occasion de faire le bilan de l'année écoulée. Un tel bilan est toujours incomplet. En effet, le Seigneur seul sait évaluer la valeur et la portée réelles des événements qui surviennent dans la vie des individus, des maisons religieuses, des pays et du monde. Souvent, les événements les plus décisifs de notre vie personnelle ou communautaire, sont ceux du for interne : une conversion, une guérison intérieure, une réconciliation, une joie profonde, ou même une souffrance, une maladie, une croix… Les événements cruciaux sont souvent ceux qui font le moins de bruit. Comme ce fut le cas pour la Vierge Marie, comme c’est le cas de plusieurs d’entre nous.
Néanmoins, à l'échelle de notre diocèse, nous sommes en mesure de relever quelques points positifs et négatifs de l'année qui vient de s'écouler. Rendons grâce à Dieu pour les premiers et demandons-Lui son soutien pour avoir la force de transformer les seconds.

a. Commençons tout d'abord par les éléments négatifs.

A l'issue de l'année 2009, nos rêves d'une Terre Sainte réconciliée semblent encore être une utopie. Palestiniens et Israéliens ont échoué à faire advenir la paix :

- Les Palestiniens n'ont toujours pas d'État propre, ils continuent de souffrir de l'occupation, de l'injustice et de leurs divisions internes ; quant à Gaza – nous l'avons vu de nos yeux lors de notre visite le 20 décembre dernier – un an après la guerre, sa situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire

- Le statut final de Jérusalem est toujours en discussion et les nouveaux projets de l'Etat d'Israël sur Jérusalem risquent d'altérer la vocation de la Ville Sainte à devenir une ville universelle. Jérusalem n’a pas besoin d’être un Disney Land pour attirer plus de touristes et de pèlerins.

- La peur et le manque de confiance réciproque empêchent les dirigeants politiques de prendre des décisions courageuses pour mettre fin au conflit.

b. Néanmoins, notre espérance est toujours vivante.

Tout n'est pas désespéré en Terre Sainte. C’est la Terre des belles surprises, à commencer par celles de l’Incarnation et de la Résurrection. Celle d’une paix juste et définitive est en devenir.

- Durant l’année écoulée, nous avons constaté la générosité et la solidarité des Eglises sœurs et des communautés religieuses, solidarité manifestée par des aides matérielles, par des prières et des pèlerinages et des rencontres ;

- La visite du Saint-Père en mai 2009, son message en faveur de la paix, de la justice, du dialogue, de la réconciliation et ses encouragements à la communauté chrétienne de Terre Sainte ;

- La venue massive de pèlerins, avec une année 2009 comparable à l'année 2000 : plus de 2,5 millions de pèlerins ;

- La construction à Beit-Jala de la nouvelle Clinique pédiatrique Benoît XVI, la construction à Jérusalem d'un Complexe résidentiel pour 72 jeunes couples, l’inauguration à Gaza d’un Centre pour enfants handicapés et traumatisés et la construction de l'Université de Madaba, en Jordanie. 

- La béatification de sœur Marie Alphonsine, événement qui a apporté grâces, joie et fierté à tout notre diocèse, événement qui encourage chacun de nous à prendre au sérieux l'appel à la sainteté.  

- Enfin, la décision courageuse de Benoît XVI de convoquer un synode pour le Moyen-Orient, synode qui aura lieu en octobre 2010 et nous donnera l'occasion de nous concentrer à nouveau sur les grands défis auxquels sont confrontées les Eglises du Moyen-Orient. Dès maintenant, chers frères et sœurs, je vous confie la mission de prier pour ce synode. Par la suite, je ferai appel à vous pour que vous nous aidiez à enrichir nos échanges, en répondant à quelques questions des Lineamenta du Synode.

Je pense que l’Eglise de Jérusalem doit avoir un rôle prépondérant dans ce synode. Jérusalem est la clé du Moyen Orient, d'elle dépend la paix ou le conflit.

2. La Journée mondiale de la Paix

Nous fêtons également aujourd'hui la Journée mondiale de la Paix. Cette année, le pape Benoît XVI a adressé à l'Eglise et au monde un message intitulé : “Si tu veux construire la paix, protège la création.”

A première vue, nous pourrions penser que l'enjeu écologique n'est pas prépondérant en Terre Sainte, dont les peuples, depuis des décennies, aspirent avant tout à la paix, à la sécurité et à la stabilité. Pourtant, le Saint-Père établit un lien étroit entre la paix, la manière dont les hommes se comportent entre eux et la manière dont ils traitent la terre. La paix est mise en péril, non seulement par la cruauté des hommes entre eux, mais également par le manque d'attention et les mauvais traitements qu'ils infligent à la création. Devant ces menaces pour la paix, Benoît XVI écrit :

“L'humanité a besoin d'un profond renouvellement culturel ; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu'elle traverse actuellement – de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale – sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes”
(Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2010, n. 5).

Nous pouvons retenir cet appel du Saint-Père à “repenser le cheminement commun des hommes”. Cet appel s'adresse particulièrement à nous, habitants de la Terre Sainte, Israéliens comme Palestiniens, et à chacun en particulier. Au fond, il s'agit toujours de convertir nos façons de penser, de parler et d'agir, afin de les ordonner à un “cheminement commun”, c'est-à-dire à une nouvelle manière fraternelle de vivre ensemble, dans la confiance plutôt que dans la peur, dans la bienveillance plutôt que dans la critique, dans l'amour plutôt que dans la haine. La paix commence toujours au-dedans de nous et entre nous.   

Conclusion avec Marie

Dans la première lecture, nous avons entendu la fameuse “bénédiction d'Aaron”, sortie de la bouche même de Dieu. Cette bénédiction prend une saveur unique lorsqu'on l'adresse à la Vierge Marie.   

Que le Seigneur te bénisse!
Qui le Seigneur a-t-il béni comme Marie de Nazareth, que l'Ange Gabriel a proclamée “bénie entre toutes les femmes”, la créature la plus sainte et la plus pure, modèle de l'humanité rachetée?

Que le Seigneur te garde!
Qui le Seigneur a-t-il gardé comme Marie, nouvelle Eve protégée et préservée du péché pour accueillir en son sein le nouvel Adam, le Fils de Dieu Lui-même?

Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage!
Sur qui le Seigneur a-t-il fait briller son visage comme sur Marie, vers qui l'enfant Jésus dans la crèche tourne son visage, le visage même de Dieu fait homme?

Que le Seigneur se penche vers toi!
Oui, “le Seigneur s'est penché sur son humble servante” qu'il a choisie pour Le porter dans son sein et Le mettre au monde!

Qu'il t'apporte la paix! Marie a été envahie de la paix de Dieu. Or la paix donnée à Marie n'est pas une valeur ou un idéal, c'est une personne : c'est Jésus.

O Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine de la Paix, obtiens-nous de ton Fils, le don de Sa naissance et de Sa présence dans notre âme, dans nos maisons et dans notre Eglise.

Que notre présence en cette Terre Sainte, soit marquée  par la paix, la réconciliation et  la solidarité. 

Chers frères et sœurs, Bonne et heureuse année nouvelle, pleine de joie et de bonne santé.

Amen.

+ Fouad Twal, Patriarche